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Articles de la catégorie ‘Créations invitées’

10
Oct

Accueil du Théâtre du Maquis : BAGA, de Robert Pinget

Nous accueillons le Théâtre du Maquis pour 4 représentations de  BAGA du 20 au 23 octobre

    Pierre Béziers, mis en scène par sa fille Jeanne, interprète Baga, de Robert Pinget.
     Mémoires anachroniques d’un tyran fainéant qui s’en remet pour tout à son ministre Baga. Du lever du roi en pantoufles de cygne, à la guerre du Chanchèze (région fameuse pour ses rats), en passant par le souvenir flou de son couronnement pluvieux.
     Derrière la farce pointe la question existentielle : a-t-on un pouvoir sur les choses, sur les autres, sur soi-même?
     « Je suis roi, roi de moi, roi de ma crasse ». L’acteur, roi du théâtre pour une heure, défend cette cause essentielle en une performance exubérante et jubilatoire.
      Pinget, ami de Beckett est un des auteurs important du nouveau roman, qui dynamite joyeusement la conception traditionnelle du personnage, du récit et de l’auteur.
vendredi 20, samedi 21 et lundi 23 à 20h30, dimanche 22 octobre à 18h
Réservations: 04 42 38 10 45 Réservations professionnels : 04 42 38 94 38
 
26
Jan

TRiiiO, Fritz, Félix et Piola

            Nous sommes heureux d’accueillir au Théâtre des Ateliers TRiiiO, création 2016 des Nouveaux Nez & Cie au festival d’Alba la Romaine en juillet  dernier, mis en scène par Alain Simon et  actuellement en tournée.Dans le cirque, les clowns, on les attend, ils arrivent entre deux numéros, s’imposant avant d’être chassés.  Paradoxe, on n’attend qu’eux, mais ils sont de trop. Leur temps de présence sur la piste est toujours du temps volé au temps de la représentation des numéros, des  jongleurs,  des avaleurs de sabres, des acrobates, des  dresseurs d’éléphant, de tigres, de chiens… Et le premier challenge de ce travail avec les trois clowns Fritz, Piola et Félix, fut celui d’un travail exclusif sans autre numéro. Le deuxième challenge était qu’ils devaient  surtout jouer dans des théâtres sans  chapiteau, et sans la toile du  chapiteau, sans la piste, les clowns sont alors comme des campeurs  qui quitteraient leurs tentes pour aller s’installer dans des hôtels prestigieux. Et en plus, il faut qu’ils tiennent  une heure quinze, en étant des invités et non des passagers clandestins. Comme des nomades devenus soudain sédentaires,  on leur  impose des règles qui ne sont pas dans leurs traditions  et on les  encourage à raconter une histoire avec un début et une fin.

          Nous avons pourtant choisi, pendant cette durée d’une heure quinze, de garder ce statut des clowns de piste qui s’invitent  sur  scène où  il est bien prévu qu’ils fassent un spectacle, mais ils ne sont sûrs ni  de l’heure, ni du lieu. Peut-être même que ce ne sont pas eux qui doivent jouer. Mais c’est trop long d’attendre, ils veulent que le spectacle soit court, car ils ont entendu qu’il y aurait un vin d’honneur à l’issue de la représentation, et la perspective de ce vin d’honneur devient l’enjeu essentiel de deux des protagonistes, Piola et Fritz. Félix, lui, il est bien élevé, et cela lui  dirait bien de jouer et de faire un vrai spectacle, avec des numéros et de la lumière et de l’ordre… Alain Simon

Mise en scène et écriture : Alain Simon, assisté de Gilles Jolly / Responsables artistiques : Alain Reynaud  et Heinzi Lorenzen / Jeu et écriture : Alain Reynaud, Heinzi Lorenzen  et Gabriel Chamé Buendia / Écriture des numéros clownesques : Ami Hattab  Lumière : Pascal Chassan – costumes Patricia de Petiville – Accessoires : Marie-O Roux assistée de Margot Van Haelst

 Tarif 15€, adh. étud. 11 €, Pass’Art 7 € – rés.  04 42 38 10 45 – theatredesateliers @yahoo.fr

Trois clowns, trois approches réunies : française, sud américaine, anglo-saxonne… Quatre langages différents : français, allemand, espagnol,  anglais… Alain Reynaud, Heinzi Lorenzen et Gabriel Chamé Buendia ont tous les trois une expérience du travail du clown différente et très personnelle.  Ils ont fréquenté des compagnies aussi diverses que Les Nouveaux Nez, Le Cirque du Soleil et le Footsbarn Travelling Theatre. Depuis plusieurs années, leurs chemins se croisent au plateau autour de cet art. Ils ont aujourd’hui envie de donner vie et forme à un trio clownesque, une forme si difficile à faire naître et surtout à faire durer dans le temps.

« On  a affaire à trois belles personnes qui ont chacune un univers fort. Ces trois univers ne sont pas de façon évidente complémentaires dans ce que pourrait être un trio classique, où les trois personnages se construisent au départ en rapport étroit et concomitant à leur pratique commune de trio. Or, chacun de ces trois clowns a déjà une histoire propre et un parcours qui clairement ne s’est pas construit avec les deux autres ! De fait, ce qui domine dans l’intérêt du trio c’est la rencontre, je dirais le télescopage de ces trois parcours, trois ensembles dont il faut chercher l’intersection ! À ce titre, l’improvisation est nécessaire pour l’approcher et la délimiter. Un autre élément déterminant est le goût commun pour un travail du clown classique, dont l’envie de travailler des numéros est le symptôme. C’est donc une forme de célébration à trois du travail du clown avec, en filigrane sa mythologie, son histoire et son imaginaire. Et dans ces numéros, ce qui me semble le plus intéressant, c’est de revisiter les jeux les plus simples, chapeaux, claques, entrées, etc. Autrement dit, trois clowns à la longue expérience créative qui se font et nous font le plaisir de pratiquer les fondamentaux de leur art ! Mais  le plus important  pour moi est la rencontre de ces trois corps qui se cherchent, se frottent, interrogent leur univers propre au contact de l’univers des deux autres. Le travail d’improvisation doit essentiellement être consacré à l’exercice de l’invention de la rencontre : ces trois là se cherchent et par cette recherche peuvent nous faire accéder à des atmosphères étonnantes, une poésie, un baroque, proches de ce l’on trouve dans le théâtre contemporain ». Alain Simon.

« Notre passion pour le clown oscille entre la tradition et la création, le populaire et l’expérimental. Nous explorons des nouvelles écritures et des nouvelles confrontations avec le public pour la figure du clown. L’envie est de créer un spectacle dans lequel l’univers très personnel des trois clowns cohabite avec ce qui est, chez des clowns de piste, plus direct et immédiat. Aujourd’hui le rire est presque exclusivement basé sur la blague, la vulgarisation ou l’autodérision. Ça n’engage rien de profond. Le rire que suscite le clown vient du ratage. Il est toujours tragique. Il nous fait penser à nous-mêmes.  Avec le clown nous avouons l’imperfection de l’homme ». Félix, Fritz, Piola.

 

8
Mai

Days of nothing, spectacle ATP invité

DAYS OF NOTHING

  • Théâtre Aix Days of nothing

Lieu du spectacle: Théâtre des Ateliers29 Place Miollis, 13100 Aix-en-Provence

  • Lundi 20 avril – 19h00  – Lundi 20 avril – 21h00

De : Fabrice Melquiot   Mise en scène : Matthieu Roy 

Rémi Brossard, auteur : Philippe Canales
Maximilien, collégien : Charlotte van Bervesseles
Alix, collégienne : ​Charlotte van Bervesseles

PRODUCTION CIE DU VEILLEUR Coproduction Fédération des Associations de Théâtre Populaire (FATP)- Théâtre de Thouars – Scène conventionnée, ONDE – Théâtre et Centre dʼArtde Vélizy-Villacoublay, MA Scène Nationale du Pays de Montbéliard, Scènes du Jura -Scène Nationale de Lons-le-Saunier
En partenariat avec lʼIRCAM à Paris

Partenariat avec le Théâtre des AteliersThéâtre des Ateliers Aix-en-Provence

Days of nothing est la dernière pièce de Fabrice Melquiot, publiée en mars 2012.
Elle raconte lʼhistoire de Rémi Brossard, un auteur en résidence dʼécriture dans un collège de banlieue parisienne qui va faire la rencontre de deux « spécimens » de lʼétablissement : Maximilien et Alix.

Cette rencontre va bouleverser lʼauteur dans son projet dʼécriture et renvoyer chacun des
personnages à ses propres limites : difficulté à vivre dans le monde, à y trouver sa place, à faire acte.

Avec la poésie, lʼhumour et la pertinence qui sont les siennes, Fabrice Melquiot nous invite à une plongée vertigineuse dans les problématiques de lʼadolescence et du processus de création.
Les textes de Fabrice Melquiot sont traduits en plusieurs langues. En 2008, il a reçu le Prix Théâtre de l’Académie Française pour l’ensemble de son oeuvre.
Cet auteur majeur de la scène française nous offre lʼopportunité rare de réfléchir sur ces thématiques contemporaines essentielles de manière fine, sensible et intelligente.

Cette pièce à été choisie par la Fédération des ATP de France et désignée projet lauréat de première mise en scène d’un texte de théâtre francophone » pour la saison 2014/2015.
A ce titre elle sera programmée dans tous les ATP de France durant cette saison.

 Zibeline

Vu par Zibeline
| Mis en ligne le Vendredi 8 mai 2015 ·

Days of Nothing proposé par les ATP d’AIx au théâtre des Ateliers.

Étude sur le rien

• 20 avril 2015⇒21 avril 2015 •

Days of Nothing proposé par les ATP d'AIx au théâtre des Ateliers. - Zibeline

 Un écrivain en panne d’inspiration, Rémi Brossard, se retrouve en résidence d’artiste dans un collège. Ah ! Quelle belle pièce sur la nécessité du partage d’expérience, des vertus de la pédagogie par l’exemple… Point si manichéen, ni si didactique s’il vous plaît ! La situation des personnages dans un collège leur permet de se rencontrer, mais il n’y a pas de pièce « pédagogique » ici ! Même si on rit beaucoup lors de la rencontre entre la classe et l’auteur (un vivant et qui écrit des livres !), avec une superbe galerie de portraits, les questions convenues, les attentes, les redites, les remarques sottes ou vides, la superficialité, l’impossibilité de transmettre l’essence même du projet d’écriture… Car le sujet de la pièce reste le langage, ses codes, ses confrontations, qu’elles soient générationnelles ou de classe. Notre écrivain donc, est en résidence, une résidence dont le caractère inconfortable est souligné par une mise en scène (Matthieu Roy) qui fait de la salle de classe montée sur une estrade, un ring. C’est là que Rémi rencontre Maximilien qui joue les durs, manie les mots comme autant de lances, verve trop bien huilée, trop référencée, mine de rien, pour être vraiment honnête. Il s’avère que ce « rebelle » est un pilier du CDI, infatigable lecteur… mais il joue devant l’écrivain le rôle du mauvais garçon, provoquant à l’excès, revendiquant un langage où les mots les plus gros ou les plus triviaux fleurissent, code manié avec virtuosité qui, donné à l’adulte, crée l’illusion, et pousse la grande personne à déraper, oublier les conventions pour emprunter un vocabulaire et un ton qui l’abaissent. Maximilien reprend vertement Rémi, il n’a pas le droit de parler comme ça, de se servir des mots d’une jeunesse qu’il n’a plus, « vous devez montrer l’exemple » ! Pris dans les rets du jeune garçon, l’auteur se voit acculé aux questions les plus profondes, les plus précises, sur son esthétique, son inspiration, sur la relation entre l’écriture et le monde. Les attitudes sont passées au scalpel « tu pionçais comme une merde » se moque Maximilien devant lequel Rémi Brossard se voit obligé de se justifier : «  je rêvais. Les rêves sont une source d’écriture essentielle »… Certes, Desnos est passé par là, mais l’auteur devient funambule, et perd ses mots, s’agace, se réfugie dans le verbe de l’insulte facile… faillite adulte à laquelle répond la mort choisie de l’adolescent. Parfum de Cioran, mêlé à la chanson Days of nothing de Chokebore qui donne son nom à la pièce… Puis il y a Alix (Charlotte van Bersseles), qui brode, invente, se crée une histoire d’amour avec Maximilien, pousse l’écrivain à raconter ce qu’elle a vécu, donner par la réalité des mots une épaisseur à ce qui a été… triomphe de l’invention, du mensonge, propre au masque des mots. Alix ment, elle endosse l’histoire de la fille du proviseur, suicidée peu après celui qu’elle aimait, Maximilien. Un Roméo et Juliette ou peut-être rien… qu’est-ce qui donne un sens à la vie ? Les mots sont-ils dotés de cette force ? Ne sont-ils que des voiles plus ou moins opaques sous lesquels nous avançons ? Le texte de Fabrice Melquiot porté avec une belle intelligence par les deux comédiens, Philippe Canales et Charlotte van Bervesseles (convaincante dans les deux rôles d’adolescents) pose la question des limites avec humour, sensibilité, justesse. Est-ce que les mots nous rapprochent ou nous éloignent du réel ?

MARYVONNE COLOMBANI

Avril 2015

Days of Nothing vu au théâtre des Ateliers, Aix-en-Provence, le 20 avril

Spectacle présenté par les ATP d’Aix.

Photo © JeanLouis Fernandez

 

28
Jan

Tartuffe d’après Tartuffe d’Après Tartuffe d’après Molière

 

 

Zibeline janvier 2015

Vu par Zibeline

Guillaume Bailliart seul sur scène pour tous les rôles de Tartuffe !

Le triomphe de Tartuffe

• 14 janvier 2015⇒16 janvier 2015 •

Guillaume Bailliart seul sur scène pour tous les rôles de Tartuffe ! - Zibeline

Pièce sur l’hypocrisie,  le Tartuffe de Molière reste d’une brûlante actualité. La cabale des dévots fera interdire la pièce, dont la conclusion, qui accorde la victoire totale au masque, à la fausseté, à la manipulation, à l’affectation des meilleures vertus à des fins criminelles, trouble par sa vérité sombrement pessimiste. L’œuvre ne pourra retrouver le chemin de la scène qu’après la concession d’un deus ex machina, le roi Louis XIV lui-même, qui vient rétablir l’équilibre, dénoncer le mal et rendre grâce à l’honnêteté enfin récompensée. Par bonheur, il semble que les troupes reviennent à la fin première, sans illusions où Orgon, « traître à lui-même » perd sa fortune accaparée par le faux dévot Tartuffe. Le parti pris de Guillaume Bailliart est celui de la virtuosité. Celle du texte, mis à nu, superbement dit, celle de la solitude, brillante. Seul sur scène, l’acteur endosse tous les rôles, nous fait ‘voir’ et entendre les différents personnages avec une vérité confondante. Les noms des protagonistes inscrits au sol et sur les murs sont désignés, convocation au paraître, et se retrouvent là, devant nous, dans l’incarnation fulgurante que leur concèdent les mots. Tout est joué, yeux fermés, aveuglement même des plus pertinents puisqu’ils laissent faire, et se contentent de jouer les Cassandre… les yeux fermés pour tous, mais un Tartuffe avec un regard de rapace, écarquillé, seule conscience calculatrice éveillée, à l’affut, prédatrice. L’ensemble est époustouflant, porté par le rythme de l’alexandrin, le souffle tempétueux d’une mécanique tout aussi implacable que l’est l’imposteur. Nul besoin de décor, une table suffit, nul besoin de costume, les apprêts et les beautés se trouvent dans les vers, leur puissance, magnifiée par l’irrésistible élan que leur apporte Guillaume Bailliart dans cette démonstration de pur théâtre où jamais l’acteur ne joue de numéro cabotin, mais est littéralement l’incarnation d’un texte. Un grand merci aux ATP et au théâtre des Ateliers pour un choix aussi pertinent qu’exceptionnel !

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2015

Ce spectacle des ATP a été vu le 14 janvier, au théâtre des Ateliers, Aix en Provence

Photographie copyright : Mathilde Delahaye

 

Théâtre des Ateliers

15
Nov

Elles s’appelaient Phèdre

Elles s’appelaient Phèdre – Jeudi 13 et vendredi 14 novembre à 20h30

d’après Jean Racine

adaptation et mise en scène Jean-Marie Broucaret – assistant à la mise en scène Patxi Uzcudun

Avec : Sophie Bancon et Catherine Mouriec.

Le Théâtre des Ateliers a le plaisir de présenter cette création du Théâtre des Chimères sous la direction de Jean-Marie Broucaret, que le public aixois connaît en tant que comédien et pédagogue. Il est heureux de l’accueillir aussi en tant que metteur en scène. Une soirée lui sera consacrée le 17 novembre à 20h30 dans le cadre des Improvisées autour de son travail d’implantation dans le Sud Ouest.

Avec Elles s’appelaient Phèdre, il ne s’agit pas de monter Phèdre mais de raconter Phèdre. En faisant alterner des parties contées et les scènes jouées du Phèdre de Racine, en passant de la prose à l’alexandrin, de la relation directe au public au quatrième mur, il s’agit de questionner, à partir de ce que nous sommes, notre relation à cette œuvre et plus largement au théâtre.

Les deux comédiennes jouent, ici, tous les rôles. Ce choix de deux actrices pour interpréter huit personnages, de sexes et d’âges différents, est guidé par la volonté de réaliser un spectacle sur la passion amoureuse, sous les multiples formes qu’elle prend dans la pièce.

Quel rapport entretenons-nous aujourd’hui avec cette violence passionnelle ? Et avec le désir nié, rejeté, bafoué ou partagé ? Dialogue entre le XVIIe et le XXIe siècle, mais également entre un mythe antique grec fondateur et notre modernité. Donner à voir la trace que cette œuvre majeure laisse aujourd’hui en nous.

Production Théâtre des Chimères de Biarritz

Places à 15 €, adhérents, étudiants 11€, Pass’arts 7€  –   réservations 04 42 38 10 45 -theatredesateliers@yahoo.fr

Texte envoyé par Anne Randon :

Elles s’appelaient Phèdre au Théâtre des Ateliers

Mise en scène de Jean-Marie Broucaret d’après Racine

Elles sont deux sur la scène, fausses jumelles dans un décor dont la neutralité évoque immédiatement le « palais à volonté » des tragédies classiques. Car c’est de Phèdre qu’elles vont nous parler, celle de Racine, certes, mais aussi la Phèdre qui est en chacun de nous.

Jean-Marie Broucaret a voulu nous donner à entendre en écho à la langue du 17ème siècle, simultanément corsetée et révélée par l’alexandrin, notre langue du XXIème siècle, plus libre en apparence mais enfermée dans la gangue des clichés. Pour cela, Sophie Bancon et Catherine Mouriec font alterner parties contées et scènes jouées de la pièce de Racine, assumant à elles seules les huit personnages, n’hésitant pas à commenter les événements à la lumière de leur expérience de femmes d’aujourd’hui. Ainsi, la passion de Phèdre, son combat, ses espoirs et désespoirs, deviennent nôtres. Sans jamais sacrifier le texte de Racine, le faisant entendre avec la force et la rigueur qui sont les siennes, les deux comédiennes en font jaillir l’éternel féminin, ou plus justement, l’éternel humain. Elles montrent cette dépossession de soi qu’est la passion, cet effort de reconquête qu’est le langage. Raconter, n’est-ce pas à la fois actualiser et mettre à distance, revivre et se regarder vivre, souffrir et sourire ? N’est-ce pas faire partager un vécu en convoquant le mythe et montrer, comme le fit Barthes dans ses Mythologies qu’il est inscrit dans notre quotidien ?

« Elles s’appelaient Phèdre », elles s’appellent Sophie ou Catherine, Elodie ou Farah, voire Romain ou Enzo. Par-delà les siècles, les frontières ou les genres, Racine nous parle encore et toujours de la passion amoureuse. Merci à Jean-Marie Broucaret de nous l’avoir fait entendre dans toute sa vigueur et sa poésie. Anne Randon