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Articles de la catégorie ‘Performance sur Le Dieu des Petits Riens d’Arundhati Roy’

19
Oct

Performance à partir du roman d’Arundhati Roy Le Dieu des Petits Riens

invit-performance

Depuis plusieurs années, le Théâtre des Ateliers est complice de la Fête du Livre en proposant dans son lieu de la place Miollis des Veilles Théâtrales (lectures intégrales d’une œuvre de l’auteur invité) ou un travail de création. Il propose cette année une performance sur la parole à partir des descriptions contenues dans  Le Dieu des Petits Riens.
« En lisant ce roman d’Arundhati Roy, j’ai été touché et impressionné par la force et la densité des parties narratives de son  texte. Les adaptations théâtrales de romans font souvent la part belle aux dialogues, laissant le plateau et les décors se substituer aux descriptions, oubliant que les mots sont souvent les passeurs irremplaçables de leur dimension poétique et épique. Nous avons choisi de dire ces textes descriptifs en les considérant comme les matériaux d’une performance sur la parole. J’ai confié à la comédienne Elyssa Leydet-Brunel le soin de rendre compte de leur intensité. Elle a appris ces textes  et les dit pendant près d’une heure comme on descend les rapides d’un fleuve ». Alain Simon
 
… Ils coururent le long de la berge tout en l’appelant. Mais elle avait disparu. Emportée sur la route silencieuse. Verdâtre. Pleine de poissons. De ciel et d’arbres. Et, la nuit, de lune émiettée…
 
dans le cadre de la Fête du Livre 2016 : entrée libre
en partenariat avec Les Écritures croisées
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Michel Morin, universitaire, compagnon de la première heure du Théâtre des Ateliers, comédien de la compagnie La Récréation, a assisté à la performance et écrit le texte suivant :

Le Dieu des Petits Riens au Théâtre des Ateliers : quand un livre s’anime

Quand vient l’automne, chaque année à Aix-en-Provence, la  fête du Livre s’ouvre  sur les lointains, les méconnus ou les trop mal connus de la création du monde contemporain de l’écriture[1]. Cette année l’Inde d’Arundhati Roy a pris la parole. Les auditeurs spectateurs, fidèles ou nouveaux,  se sont pressés dans le grand amphithéâtre de la Verrières. Médusés ils ont découvert une femme auteur, belle, pleine d’allant, de vigueur et de joie militante, parlant avec la même aisance de ses fictions et de ses essais, bouleversant pour beaucoup les croyances et les images qu’on admet paresseusement en France comme ailleurs sur le pays, les pays où elle  vit et où elle a vécu,  évoquant avec simplicité les menaces de mort ou  les poursuites judiciaires qui marquent son existence d’écrivain. N’admettant comme inquiétude que celle qu’elle a de ne pas terminer de manière satisfaisante le roman qu’elle entreprend.

Cette année encore ce grand rassemblement ensoleillé en forme de débats, d’animations et d’explicitations s’est  prolongé la nuit dans le petit théâtre laboratoire d’Alain Simon.

Le Théâtre des Ateliers de la place Miollis est en effet peu à peu devenu le prolongement naturel et discret de la Fête du Livre. On peut y passer une nuit à lire l’intégrale d’un livre  de l’invité de l’année dans  une mise en scène ponctuant de musique et d’images le dévoilement d’une œuvre. On peut y entendre se croiser les voix plurielles de lecteurs hommes et de lectrices femmes  résonnant sur les murs peints de noir du théâtre. On peut y échanger et s’y restaurer paisiblement dans des pauses conviviales et tranquilles quand la nuit et l’œuvre avancent vers leur terme.

Cette année c’était différent. Alain Simon en annoncier majestueux  et massif s’est avancé sur le plateau pour dire qu’il avait choisi de faire dire en performance le « Dieu des Petits Riens »  sans livre,  sans pupitre et sans  lampe de chevet. Le livre des petits riens ne serait pas lu dans son entier. Seraient dits, après avoir été appris par cœur par la comédienne Élyssa Leydet-Brunel, les  paysages et les lieux décrits  par Arundhati Roy et habités des personnages quelle avait créés. Cela durerait 55 minutes. Alain Simon  s’est effacé et sur le plateau nu, une jeune femme seule, sans accessoires aucun,  sans costume exotique ni livre à lire, a regardé sans sourciller le public.  La lumière s’est éteinte sur les spectateurs  et Élyssa a fait apparaître le monde des petits riens. La voix changeante, les gestes sobres et les déplacements de la comédienne, un éclairage discret harmonisé à des  situations toujours décrites  avec précision par Arundhati Roy ont transporté magiquement les auditeurs spectateurs que nous étions dans l’univers étrange de Rahel, d’Estha et de leur famille. Quand les 55 minutes se sont terminées dans le noir d’un drame inattendu nous sommes restés immobiles et fascinés. Les applaudissements se sont prolongés longtemps. Je redécouvrais que le temps pour moi devenu ennuyeux dans un roman des descriptions et des décors était aussi et encore un plaisir à vivre. Michel Morin (16 octobre 2016)

[1] Annie Terrier , Guy Astic, Liliane Dutrait,  (2011) Écritures croisées . Parcours dans les littératures du monde, Editions Rouge Profond.